Les ballades cosmologiques de Caroline Corbasson

C’est la fin d’un après-midi pluvieux lorsque Caroline Corbasson nous reçoit dans son atelier, une petite pièce sous les toits d’une maison en banlieue parisienne. Son atelier donne sur un jardin paisible, propice à la réflexion et au travail. Elle s’y est installée en attendant de trouver une résidence d’artistes qui lui offre plus d’espace.

Cette jeune artiste récemment diplômée des Beaux-Arts a en effet besoin de place. Si elle a commencé par le dessin, elle multiplie désormais les médiums et travaille souvent sur de très grands formats. Seesaw, qu’elle présentait l’an dernier aux Beaux-Arts, est ainsi une structure en acier mesurant plus de cinq mètres de long mais qui, malgré son allure un peu menaçante, peut être approchée et basculée d’avant en arrière. C’est avec une apparente facilité et un talent constant que Caroline Corbasson aborde ainsi une multitude de techniques, de la forge à la vidéo, n’hésitant pas à s’entourer d’artisans ou d’amis experts pour parvenir à donner forme aux images qu’elle imagine et dessine.

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SEESAW, 2014

Le caractère parfois monumental de ses œuvres n’est pas gratuit. L’artiste puise son inspiration dans l’étude de l’astronomie, des phénomènes naturels, et plus largement des sciences. Elle aime parcourir les livres scientifiques, et particulièrement ceux qui sont anciens, un peu désuets. Ils lui permettent d’analyser, avec une certaine distance, les découvertes passées, d’imaginer celles à venir, de souligner les angles morts, les anomalies. Les vertiges qu’elle peut ressentir, elle les exprime alors à l’aide d’effets d’échelles, de jeux de matières ou de densité des noirs. Dans la série Dust to Dust (2012), elle réalise, grâce à un procédé minutieux qu’elle a élaboré à partir de grains de sable et de poussière, des fragments de ciels étoilés qui parviennent à donner une impression d’infini.

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Quand on la rencontre, Caroline Corbasson est en train de préparer une exposition personnelle dans une galerie de Genève, Empty Pixels. Parmi les œuvres qu’elle y présente, il y a ces miroirs de télescope – BLANKS -, à la fois précieux et bruts, sur lesquels sont sérigraphiées des images recueillies par le télescope spatial Hubble, qui donnent à voir une infime partie de la région de l’hémisphère sud de la sphère céleste. Il y a aussi Comet, un dessin au charbon d’une tablette d’argile babylonienne relatant l’observation de la comète de Halley en 164 av J.-C. Si les inscriptions cunéiformes gravées dans l’argile sont très éloignées des capacités des outils d’observation actuels, elles semblent pourtant motivées par la même aspiration, une volonté d’archivage et de transmission. Placé à proximité des miroirs de télescope, ce dessin agrandi de la tablette d’argile évoque l’immense chemin parcouru depuis l’écriture de cette tablette.

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A travers ses récits de trajectoires, Caroline Corbasson nous livre une lecture du monde singulière et poétique. Dans une volonté double d’aller à l’essentiel et de brouiller les pistes en enlevant des informations, elle utilise beaucoup le noir et blanc dans ses images. « Pour moi c’est une façon de pas prendre de détours et d’être très claire dans mon propos. Et c’est plutôt intemporel le noir et blanc. Ça brouille un peu les repères. » Un vaste dessin de cratère terrestre réalisé sur une série de panneaux donne ainsi, en noir et blanc, l’impression qu’on se situe sur la lune.

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Crater, 2013

Il n’y a pas de figures humaines dans le travail de Caroline Corbasson. Son œuvre est minérale, réalisée à partir de matériaux laissés à l’état brut, inspirée par la géologie et l’astronomie, mais aussi par « les choses très anciennes, très reculées », comme les paysages de ruines ou encore les infimes rayonnements électromagnétiques qui sont issus de l’époque du Big Bang. De ces traces matérielles, visuelles ou sonores qui témoignent du passé millénaire et tumultueux de l’univers, son œuvre se nourrit.

En traquant inlassablement les mystères et les anomalies de l’histoire de notre monde, Caroline Corbasson questionne notre rapport au temps et aux images, et souligne l’humilité des hommes face au vaste univers. Bien qu’elle ne soit qu’au tout début de son parcours, on pourrait décrire longuement ses nombreuses séries de projets, qu’on peut découvrir en ligne sur son site ainsi que dans certaines galeries d’art, comme à L’inlassable à Paris. Jusqu’au 19 décembre 2015, elle présente une exposition personnelle, intitulée Empty Pixels, à la galerie Laurence Bernard à Genève. Une occasion rêvée pour plonger vos cinq sens dans les ballades cosmologiques de cette jeune artiste prometteuse.

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